Classé dans Teh Lolmaster, la série

Teh Lolmaster : Episode 1 – la génèse d’un super-héros moderne.

Il existe un super-héros, doté de pouvoirs surpuissants ; surclassant tout super-héros ayant terrassé le Mal jusqu’à présent. Une arme massive, que dis-je, une armée à lui tout seul! Vêtu de son pyjama serré noir, marqué de son emblème : “Lol” d’un jaune doré… On l’appelle *roulements de tambours* : Teh Lolmaster.

La première fois que je l’ai rencontré, il devait avoir la trentaine – c’est peu important vu qu’il a officié jusqu’à sa mort…comme si la quête du Lol lui était divine.

C’était un type normal en réalité. Excepté son accoutrement qui se voulait ‘hype’ mais qui sombra dans la ringardise. L’idée lui était venue de Superman, un héros de merde dont la tenue ressemble à un pyjama pour enfant rêveur. En même temps, lui, il était rêveur, idéaliste. Il avait la vision d’un monde dans lequel tout le monde saluerait le rire, les blagues, le second-degré, l’ironie ; tant de pouvoirs qui sont en chacun d’entre nous.

Être un super-héros, c’est une vocation : et le plus souvent, un drame en est la cause. Teh Lolmaster était un maitre du rire. Personne ne résistait à ses boutades pleines de charme, un vrai coureur de jupons. S’il maitrisait si bien l’humour, c’est parce qu’il avait subi un traumatisme.

Enfant, sa mère s’était remariée avec quelqu’un – son père était décédé d’une crise de rire, alors qu’il assistait à l’enterrement de son propre père. Certains disent qu’il faut tuer le père pour s’émanciper : le père du Lolmaster avait choisi de tuer le sien puis de se suicider, dans une fantasque ironie. L’autopsie révéla qu’il mourut des suites d’une crise de nerfs transformée en rires ; sans doute parce que c’est triste de perdre son père.

Son beau-père, quant à lui, n’avait pas d’humour. Il prenait tout au pied de la lettre comme un jeune académique trop attaché à la réalité dure de chaque mot. Un type austère, peu chaleureux, qui méritait bien de pleurer de rire.

Leystan était un petit garçon au regard malicieux, toujours à l’affût de la moindre blague à faire, sans pour autant la réaliser ; un bouillon d’idées en fusion qui risquaient d’éclore à tout moment.

Seulement ce jour-là, il alla beaucoup trop loin pour l’entendement peu comique du beau-père.

Leystan avait une passion pour la dissection, passion survenue en classe de sciences naturelles – il avait développé une aisance du poignet si pure qu’il déchirait les grenouilles de son scalpel d’écolier. Ses yeux brillaient de joie quand la chair de l’être disséqué s’éparpillait en charpie, c’était une manifestation du Beau ; pour lui.

Alors il emmena le scalpel de l’école chez lui, comme pour sublimer sa malice, cherchant l’osmose entre deux hobbies : la dissection et les blagues.La nuit venue, lorsque son beau-père s’endormit sur le canapé devant une rediffusion de “Urgences”, il le planta dans le bras, secouant vivement son scalpel ; c’était lyrique, beau. Le vieil austère chantait un opéra de douleur, pendant que des bouts de sa peau jonglait sur le rythme des coups d’un si petit couteau – théâtral.

De par la lourde baffe qu’il reçût, Leystan comprit que l’humour avait une limite : au moins celle de la douleur physique. Car même s’il riait de la situation, sa joue était rouge, il avait mal. Tout a un potentiel comique, même quelqu’un qui se fait disséquer vivant ; seulement, faire souffrir pour rire, c’est difficile d’en rire.

Par ailleurs, et par le symbole de son beau-père qui méritait des blagues, il était évident pour lui que son objectif principal serait de convertir les sceptiques au rire. Ceux qui ne rigolent jamais, qui ont toujours un sourcil froncé…Leystan se muait en Teh Lolmaster, le maitre du rire.

Ainsi naquit Teh Lolmaster, légendaire super-héros moderne aux pouvoirs dont la source est intarissable : celle de l’humour. Un super gentil veillant sur sa triste ville, Mo’rose City ; le genre de ville traquenard dans lequel un touriste ne veut surtout pas s’arrêter. Lugubre à souhait, des recoins sombres et des culs-de-sac frigides ; quelques trottoirs gris, à la peinture de crachats verts, des mendiants figés par la tristesse et des passants ivres de sérieux…

Aujourd’hui, on pourrait parler de la fusion entre Paris et Bangkok en terme d’équivalent : Pakok ou Bangris si vous souhaitez mettre un nom dessus. Un réseau de métro digne de New York avec cinq Central Station, l’odeur de l’urine parisienne et la pollution étouffante de la capitale thaïlandaise : un cauchemar pour un asthmatique agoraphobe détestant l’urée.

Ce fut son théâtre durant toute sa vie de super-héros, jusqu’à sa mort. Les planches dont je vous conterai les histoires, surtout si vous êtes tristes.

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