Tagged with merde

La chasse d’eau

“-Nah mais c’est bon j’en peux plus… Demain je règle le problème.
-T’as bien raison, j’sais même pas comment tu fais pour supporter ça chaque matin…
-Je procrastine, je procrastine… Putain quel mot d’merde – le genre de mots que les connards ou connasses prétentieux utilisent pour se donner un pseudo crédit de penseur New-Age à deux balles.
-Ouais enfin t’enflamme pas. Ça, c’est un autre combat !
-Grave, bon, j’te raconterai comment ça s’est passé.”

Le lendemain, Joe se leva. Il grondait intérieurement, un orage de rage le rongeait ; les yeux collés par une nuit qu’il savait tuée par ce même réveil, l’avait empêché de dormir à poings fermés. Il se frotta les yeux, vit son visage plein de haine dans le miroir de la salle de bain et passa sa tête sous l’eau. Les gouttes tombaient sur le lavabo d’un rythme lent, épousant la bonde noire dans des bruits aquatiques lourds.

Ploc…

Ploc…

Ploc…

L’iris nocturne comme la Marche Funèbre de Chopin, et galvanisé par ce qu’il fallait faire, reflétait un visage démoniaque dans le miroir. C’était insupportable. Il était neuf heures et quarante minutes. Il enfila une tenue de corbeau, noir sur noir, des chaussures au pull. Il ferma sa porte et descendit les escaliers. Il s’arrêta au cinquième étage. Là, devant la porte de chez Madame Grobu, il adressa un doigt d’honneur au judas puis resta immobile quelques secondes. Il hésitait. Puis tourna le dos à la porte. S’apprêtant à gravir une marche pour rentrer chez lui et se calmer, sa jambe droite se figea au-dessus de la première marche. Une statue de haine… Il se ravisa, mit ses pieds sur le paillasson de Madame Grobu et toqua à la porte. Trois coups fermes comme le jugement au marteau de président d’un connard de juge acerbe.

Le judas émit un cliquetis latéral, un œil s’y invitant. Le verrou tourna et la porte s’ouvrit.

“Ah, bonjour Monsieur Killheimer !
-Bonjour.
-Que vous amène sur mon pallier en ce mardi matinal ?
-Hmm, pour tout vous dire, je suis gêné, voyez-vous je[...], la dame l’interrompit.
-Oh, c’est parce que je jouais du piano hier soir ?
-Non non, pas du tout, c’est juste que[...], deuxième interruption.
-Ah…je sais… Dit-elle en baissant le regard.
-Ah !
-Oui, c’est mon mari sans doute, il boit trop et parfois nous nous disputons, j’ai bon ?
-Oui j’ai remarqué que vous vous disputiez mais ce n’est pas ça, voyez-vous[...], troisième interruption.
-Ah je sais je sais, vous venez pour déguster un peu de mon jus d’orange maison alors ?” Dit-elle, offrant son plus beau sourire, rayonnant de douceur matinale – une candeur rare presque agaçante.

Monsieur Killheimer la poussa violemment de ses deux bras, l’impulsion de son mouvement partant de ses jambes, ancrées lourdement sur le sol. Elle n’eut pas le temps de crier et sa tête vint choir sur le parquet de chez elle. Il entra dans l’appartement et referma la porte derrière lui puis lui piétina le ventre ; elle était sonnée par le choc tandis qu’un liserai de sang s’échappait de son crâne. Sous les assauts des coups de pompe de Monsieur Killheimer, elle soupirait de douleur, trop affaiblie pour alerter l’immeuble. Il la prit par les cheveux et la traina sur le sol en cherchant la salle de bain qu’il trouva rapidement. Les traces de sang rappelèrent l’histoire du petit Poucet à Monsieur Killheimer, qui pensa qu’il n’aurait qu’à suivre celles-ci pour retrouver la sortie une fois l’affaire réglée. Gisant sur le sol, le ventre côté plafond, elle le regardait, assommée par la situation – elle ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait.

Monsieur Killheimer se mit debout afin de voir son visage et fou de rage déclara en chuchotant :

“Écoute moi bien sale pute. Tous les matins, je suis réveillé par une odeur nauséabonde qui me donne envie de vomir, de vomir sur le monde entier. “

Le regard de Madame Grobu parvint à suggérer une pointe d’interrogation malgré la douleur. Un léger bruit sortit de ses cordes vocales.

“Ta gueule, écoute moi ! Tous les matins, et c’est sans doute parce que mes fenêtres sont mal isolées, un exécrable parfum s’invite chez moi. Et tu sais ce que c’est ?”

La pauvre femme essayait de gigoter sa tête pour affecter un ‘non’ catégorique. En vain.

“Te fatigue pas, contente toi de m’écouter ! “

La peur enflait ses yeux et une larme de fatalité jaillit de son œil gauche.

“TOUS LES MATINS, TU VAS AUX TOILETTES ET TON ODEUR DE SALE MERDE DONT LES INTESTINS ET LE FOIE SONT POURRIS M’EMPÊCHENT DE ME LEVER DE BONNE HUMEUR SALE PUTE ! TOUS LES MATINS J’AI LA RAGE, ÇA FAIT SEPT ANS QUE JE ME RETIENS TU M’ENTENDS ? SEPT PUTAINS D’ANNÉES ! “

Elle pleurait. Sanglotait comme une enfant, ou comme une vieille dame qui va mourir autrement que de mort naturelle.

“Alors je vais te montrer comment je règle les soucis d’hygiène et de parfum peu exaltant. Ne bouge pas. OH WAIT YOU CAN’T MOVE LOL !”

Monsieur Killheimer ôta son pantalon, se plaça parfaitement au-dessus du visage de Madame Grobu, qui, paralysée par les évènements geignait de sonorités faibles, inspirée de terreur mortuaire. Il pouvait voir son regard terrifié, impuissant face à l’anus impitoyable de son voisin du dessus. Un étron pointait son nez, noir comme la haine, consistant comme l’odeur exhalant des toilettes de Madame Grobu. Elle ferma alors les yeux. L’excrément héroïque de Monsieur Killheimer vint frapper sa face de plein fouet dans un ‘Shpok’ peu ragoûtant. Un deuxième flot fécal – plus liquide – gronda en trombe dans le ventre du Méchant, s’extirpant rapidement de son postérieur de justicier intraitable. La diarrhée chaude coulait à flot sur le visage de Madame Grobu qui criait sans décibels sous la matière fécale jaunâtre au léger dégradé marron. Alors qu’elle semblait s’étouffer et après avoir terminé son jugement, Monsieur Killheimer attrapa un rouleau de papier toilette, s’essuya et jeta les feuilles au visage de Madame Grobu, morte étouffée par du caca, le visage noir de merde. Il remonta son pantalon, fit deux pas pour se laver les mains dans le lavabo, au savon, et en enjambant le cadavre de sa victime marqua un temps d’arrêt et dit, sans le regarder : “Ah au fait. J’ai mangé indien hier”.

Suivant la trace du sang non pas pour retrouver son chemin mais parce qu’il trouvait cela drôle – le petit Poucet ou le petit Poussé -, il prit la porte et la claqua.

“Ah Monsieur Killheimer ! Comment allez-vous ? Dit Monsieur Grobu, fraîchement sorti de l’ascenseur.
-Oh, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles vous savez !
-Ahah, je vois qu’on connait ses classiques !
-Très peu très peu.
-Et bien pour moi, tout est pour le pire dans le pire des mondes pires…
-Ah ? Que vous arrive-t-il ? Dit Le Killheimer, affectant de l’intérêt pour la vie d’un futur vieillard sénile.
-Approchez-vous… Monsieur Killheimer s’approche de Monsieur Grobu.
-Je n’ose pas en parler mais je crois que la voisine du dessous, celle du quatrième étage, a des soucis gastriques si vous voyez ce que je veux dire…

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , ,
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.